Dans les histoires et les contes, les catastrophes sont toujours soudaines, elles ne préviennent pas. Et c’est devenu presque un point de repère dans le néant de l’imaginaire, chaque malheur se précède d’un moment marquant, où tout n’est plus jamais pareil après. Comme si personne n’avait jamais senti la forêt s’embraser, comme si jamais on ne connaissait les vents qui viennent grandir les flammes, et comme si seulement après avoir vu l’étendue de cendre silencieuse on se disait que la forêt était perdue.
Aucune catastrophe, même si elle implose en un instant et ravage nos cœurs apparaît sans crier gare. Elles sont seulement que le fruit d’une succession d’infortunes ignorées. Aucune histoire n’accrocherait l’attention si l’événement perturbateur n’était pas soudain, inattendu et inéluctable. Ces histoires que l’on aimerai ne jamais vivre, parce que la douleur avant l’apaisement est bien réelle et physique. Une douleur d’angoisse et de désespoir, un nœud dont les fils sont si habilement enchevêtrés, qu’on n’ose pas essayer de tirer ici où là, et dont il est si facile de remettre à plus tard la résolution.
Aucun d’entre-nous ne souhaite le voir mais les indices étaient là, disséminés derrière le masque de notre vérité relative. Agressés de toute part et surentrainés à encaisser, immobiles, avec un parfait contrôle. Sommes-nous tous des joueurs de poker dans le jardin d’Eden qui s’effrite sous nos sièges. Si c’est depuis le bord du cratère que nous voulons assister à la grande éruption, continuons de célébrer la terre qui gronde, le soleil qui brûle, et faisons pleuvoir le sang rare qui digitalise nos vies.
Nous aurons eu le temps de rêver, puisque le sérieux nous faisait si peur. Avec un peu de courage, nous pourrions sauver les hommes. Jusqu’au bout du voyage, je continuerai à les faire rêver, peut être qu’en eux s’éveillera une impulsion. Alors de cette impulsion naîtra un nouveau monde, et pas le meilleur des mondes, mais un nouvel Eden.